Wendy Delorme, l’insurgée


Aujourd’hui, cet article sera consacré à Wendy Delorme, artiste performeuse, professeure à l’université et éminente figure féministe. Elle est l’auteure de romans et nouvelles qui sont, selon moi, absolument primordiaux·les. Nous effleurerons ces deux derniers ouvrages, passionnants et éloquents à bien des égards. En 2018, j’ai pu écouter Wendy Delorme, lors d’une rencontre à la librairie de ma ville, dont les mots sonnaient comme une évidence, à la fois gutturaux et conquérants. Ainsi, je souhaite formuler quelques uns de mes ressentis et peut-être, je l’espère, susciter en toi l’envie de la (re)découvrir. Que son indocilité nous serve d’exemple !


La mère, la sainte et la putain est le troisième ouvrage de Wendy Delorme, publié aux éditions Au Diable Vauvert. C’est un récit infiniment intime que nous décrit ici à merveille l’auteure : elle est parvenue avec brio à coaliser une tendresse et douceur incroyables au moyen d’un verbe cru, brutal à la limite du licencieux. Le propos est incisif et saisissant à travers une économie de mot qui reste sans bavure, résolu, âpre et sibérien. Ce livre, autobiographique, rédigé à la suite d’une rupture, est un éclat de voix, un aboi dans lequel est canalisé un mélange prodigieux de sentiments qui retournent et kidnappent l’esprit. Toujours au bord de l’éruption, l’auteure délivre ainsi un discours complexe où se confrontent trois figures féminines façonnées par la société, trois ordonnances qui colorent la progression du récit et auxquelles le·a lecteur·rice s’accroche douloureusement. In fine, Wendy Delorme offre une lettre ouverte, une plaie à vif que les mots viennent suturer sans anesthésie, tel un remède, une vérité lancinante mais nécessaire.

La mère, la sainte et la putain, de Wendy Delorme. Éditions Au diable vauvert, 2012. 200 pages. 17,50 euros. Tu peux l’acheter ici ou dans la librairie [indépendante] la plus proche de chez toi !

À l’occasion de la rentrée littéraire 2018 et plus de cinq ans après son roman précédent, Wendy Delorme signe à nouveau un ouvrage puissant, incontestablement politique car intrinsèquement lié à la question du corps, meurtri et adulé au sein d’une société schizophrénique dans laquelle trouver sa place relève presque aujourd’hui de l’utopie. Le récit, a contrario du précédent, relève de la pure fiction et est construit au moyen de courts chapitres, chacun traitant d’un personnage composé pour l’objet, auquel·le le·a lecteur·rice peut aisément s’identifier. L’écriture est fluide, sans faille et travaillée de sorte que la lecture se débobine sans peine, tout en abordant des thématiques complexes et fondamentales, telles que les agressions sexuelles, la PMA (procréation médicalement assistée), l’homosexualité, l’homoparentalité, les questions de genre..etc. L’auteure déploie ainsi, au moyen de plis narratifs un corps chimérique qui s’exprime, souligné par les brimades et les épreuves subies tout au long d’une vie. C’est un roman choral ivre de justesse qui ouvre, par la proposition d’un faisceau sociétal large, le champ des possibles et, de fait, se destine à chacun-e, peu importe le genre, l’âge ou la nationalité. Une lecture primordiale !

Le corps est une chimère, de Wendy Delorme. Éditions Au diable vauvert, 2018. 280 pages. 18 euros. Tu peux l’acheter ici ou dans la librairie [indépendante] la plus proche de chez toi !

Les mots naissent de l’inconfort, de la plaie, de là où ça fait mal. Les mots sont le hurlement de l’animal blessé, le cri du soldat pendant la bataille, le rugissement de la lionne affamée. Les mots ne surgissent pas de la tranquillité.Les mots naissent de l’inconfort, de la plaie, de là où ça fait mal. Les mots sont le hurlement de l’animal blessé, le cri du soldat pendant la bataille, le rugissement de la lionne affamée. Les mots ne surgissent pas de la tranquillité.

Citation Extraite de La mère, la sainte et la putain
Publicités

6 réflexions au sujet de « Wendy Delorme, l’insurgée »

    1. Waw, tu es adorable ! Je suis ravie si je t’ai donné envie de découvrir son œuvre. Ma préférence va à « La mère, la sainte et la putain » mais c’est vraiment personnel : tout dépend de ton goût pour certains types d’écriture. Le premier livre possède une plume très acerbe, vive qui peut déranger mais que pour ma part je préfère. Au contraire, le style du second ouvrage est davantage lisse mais bien plus fluide parce qu’il traite davantage du banal. Une de mes amies a lu les deux récits et elle a préféré le second car moins rude du point de vue de l’écriture. Tu m’en diras des nouvelles !

      Aimé par 1 personne

  1. Je n’avais pas apprécié autant que toi « La mère, la Sainte et la Putain », mais la rencontre avec Wendy Delorme était vraiment chouette… C’est pour cette raison, et aussi parce que tu me l’as conseillé en me disant que je l’aimerais plus, que j’ai acheté « Le corps est une chimère », qui traîne dans ma pile à lire depuis quelques mois… mais ton article me donne envie de l’en sortir !

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s