Petits romans, grands moments


Aujourd’hui, j’ai décidé de faire l’éloge de l’économie de mots et te prouver qu’il n’est pas nécessaire de s’étendre sur mille pages pour provoquer l’émotion et qu’un livre ne se mesure pas à son étendue. Je te propose alors une sélection très personnelle de quatre romans que j’ai grandement appréciés et qui me semblent être des petites commotions cérébrales. Pour toi, qui es peut-être un·e petit·e lecteur·rice, tu pourras trouver éventuellement trouver ton bonheur et prendre plaisir en moins de cent cinquante pages. Par ici, la parcimonie !


Qui a tué mon père, Édouard Louis
Intimiste, incisif, percutant. Chaque mot est sélectionné avec acuité et la parcimonie, qui est de règle dans ce récit, ouvre paradoxalement sur une abondance de sentiments complexes. Ce roman est un véritable réquisitoire qui fait la suture d’une société abîmée, pourfendue et sous l’égide d’un déterminisme social dévastateur. Au demeurant, si Sartre déclarait que « L’homme qui se croit déterminé se masque sa responsabilité », Édouard Louis expose, notamment par le caractère affirmatif et non interrogatif du titre de son ouvrage, les griefs d’un monde libéral participant à, sinon la dépossession, la démolition des corps qu’il gouverne. Par ailleurs, l’auteur parvient brillamment à happer le·la lecteur·rice dans les différentes séquences du livre qui éprouvera à son tour la violence des non-dits. Ce pamphlet est un fer qui vient cautériser les plaies familiales, c’est l’histoire d’une restauration, vibrante d’amour pour un père dont l’auteur tente de rétablir l’identité et de réanimer un coeur rompu par les griffes sociétaires. La fin, surprenante et criante, est à couper le souffle.

Qui a tué mon père,  Édouard Louis. Éditions du Seuil, 2018. 96 pages. 12,00 euros. Tu peux l’acheter ici ou dans la librairie [indépendante] la plus proche de chez toi !


Pas trop saignant, Guillaume Siaudeau
Pas trop saignant est un court ouvrage absolument percutant, déployé au moyen de chapitres concis mais gorgés d’une rage athlétique et d’un grand coeur. L’auteur confesse un récit fragile -parce que l’on sent qu’il nous échappe- et fugace : le·a lecteur·rice est isolé, sans pour autant être rejeté, et devient bel et bien le·a témoin d’une course vers deux antipodes, la vie et la mort, réconcilié autour d’un même désir, celui d’être libre. La plume de Guillaume Siaudeau, poétique vigoureuse, dévoile alors une cavale démente, aux pétales délicates, un conte doux-amer qui vient, non sans humour, écorcher quelques anomalies de la société. Le·a lecteur·rice butine alors un peu de mélancolie mais surtout beaucoup de tendresse dans ce récit qui est une véritable fracture temporelle, un arrêt dans le temps qui constelle le cerveau du·de la lecteur·rice en d’innombrables étoiles d’affection.

Pas trop saignant,  Guillaume Siaudeau. Alma Éditeur, 2016. 144 pages. 16 euros. Tu peux l’acheter ici ou dans la librairie [indépendante] la plus proche de chez toi !


Lambeaux, Charles Juliet
Cet ouvrage vertigineux ôte le bâillon de la pudeur clandestine sur un véritable cri organique à travers lequel une fièvre familiale est mâtinée à la résilience d’un homme face aux affres qui l’incombent. La plume de Charles Juliet, profondément intime, prend la forme de soliloque où chaque mot est calibré favorisant l’éclosion d’une langue pénétrante et bouleversante. C’est au moyen de phrases courtes et nominales que l’auteur fait du·de la lecteur·rice un·e complice de sa vacuité généalogique et l’emporte dans sa quête identitaire vers un crépuscule empli d’espoir et d’étincelles. Ce formidable roman autobiographique, dont le titre est seyant, est l’histoire d’un phénix, d’un rescapé du silence par la littérature. Un véritable hommage aux figures maternelles, un bijou tendre et sans emphase.

Lambeaux, Charles Juliet. Éditions Gallimard, coll. Folio, 1997. 155 pages. 6,80 euros. Tu peux l’acheter ici ou dans la librairie [indépendante] la plus proche de chez toi !


Tant bien que mal, Arnaud Dudek
TW : Viol

Arnaud Dudek signe un ouvrage absolument bouleversant agissant comme une brûlure intérieure qui ravagera les entrailles du·de la lecteur·rice. La plume de l’auteur, incisive et puissante, offre un récit précis qui ne laisse aucun répit et dont chaque mot se lit en apnée. À la fois très prolixe et terriblement silencieux, le roman est une salve acide et percutante qui narre, avec une incroyable retenue, l’histoire d’une enfance anéantie, étouffée par l’indicible. C’est bien sans atermoiements et avec beaucoup de pudeur que l’auteur fait part de confessions corrosives qui garrotera le·a lecteur·rice jusqu’à l’issue de l’ouvrage mais qui fait également l’oblation d’une force et d’une résilience inouïes. C’est un véritable cri haletant qui donne le malaise mais soutenu avec une grande finesse.

Tant bien que mal, Arnaud Dudek. Alma Éditeur, 2018. 96 pages. 14 euros. Tu peux l’acheter ici ou dans la librairie [indépendante] la plus proche de chez toi !

Il nous faut peu de mots pour exprimer l’essentiel

Paul Éluard (1895 – 1952)
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